D'Atget à Zachmann, c'est-à-dire de la fin du XIXe siècle à aujourd'hui, le 18ème n'a cessé d'être arpenté par ces chasseurs d'instants attentifs au particularisme des lieux. Des paysages encore ruraux et quasi désertiques au fourmillement multi-ethnique de l'actuelle Goutte d'Or, du réalisme social feutré et poétique des photographies des années trente à la violence de celles d'aujourd'hui, des riches nuances du noir et blanc à la stridence des images couleurs actuelles, de la tendresse poétique du courant humaniste des années cinquante aux regards froids et sans concessions de certains contemporains, cette exposition nous offre, en un kaléidoscope visuel étonnant, un véritable raccourci historique de l'évolution du regard, mais également des sites et des gens.

Plongeant de la vie diurne des rues à l'activité nocturne de quelques lieux de plaisir, de la fête au drame, les photographes nous invitent à participer à une véritable farandole à laquelle se mêlent quelques personnages illustres de la Butte, mais aussi nombre d'inconnus non moins intéressants. Gosses de la Porte d'Aubervilliers ou de la Chapelle, sans-papiers de l'èglise Saint Bernard, gens du voyage ou musiciens des rues, stripteaseuses ou catcheuses de Pigalle, commerçants, ouvriers, tout ce petit peuple du grand théâtre de la rue interprète pour nous la plus authentique des Comédies Humaines.

A l'instar de Robert Doisneau s'acharnant, au cours de ses pérégrinations à débusquer "ces gestes ordinaires de gens ordinaires dans des situations ordinaires", tous ces photographes glaneurs d'instants significatifs, attentifs au spectacle permanent et gratuit offert par leurs contemporains, nous transmettent leur vision du monde. En illustrant un art que l'on enseigne pas à l'école, un art sans règle : l'art de regarder, ils dressent pour nous, à l'occasion de ces Premières Rencontres Photographiques du 18ème, le véritable portrait d'un arrondissement en perpétuelle transformation.

Jean-Claude GAUTRAND