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| Bonjour ! Montmartre, un village d'Indiens pas comme les autres Photographies Dominique Chauvat |
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| Bonjour
! Elle est photographe et s'est émerveillée à visiter une bonne partie du monde. Mais cest chez elle, au coin de la rue qu'elle a trouvé les plus grandes émotions qu'elle a confié à ses pellicules. Chez elle, cest à Montmartre, un village dIndiens pas comme les autres, caché au pied du Sacré-Cur. Montmartre, un rêve de guingois bâti sur du vide, sur des carrières de pierre à plâtre. Montmartre où les maisons aussi voyagent : elles descendent toutes inexorablement vers le bas de la colline, en se tordant dans tous les sens, en se contorsionnant afin de rester debout Montmartre, un village impossible à visiter lorsquon est touriste, vomi par un bus qui vous reprend quelques heures plus tard pour dautres aventures. Dans le meilleur des cas la foule des visiteurs cosmopolites aura un aperçu de ce village. Ils iront faire quelques clic-clacs du côté de la place du Tertre et iront tirer le portrait de cette dévotion dix-neuvième sièclarde quest le Sacré Cur, avant de sembusser pour dautres visites au pas de charge. Basta cosi, aux suivants ! Montmartre, un village impossible à visiter, car il faut bien du soin à regarder où lon met les pieds dans ses innombrables escaliers, alors quil faut, tout en même temps, bien regarder en lair, car chaque bâtiment ici est une surprise, une invitation a faire la pause et à rêver. Un endroit que détestait certainement Le Corbusier et ses affidés de larchitecture cubique, au cordeau |
et je- ne-veux-voir-qu-une-tête dans des cagibis tous pareils.
La vraie grandeur de Montmartre, cest que tout y est petit : les lieux dhabitation, les magasins, les ateliers des artisans et des peintres, les rues dont létroitesse saccommode rarement dun tracé rectiligne. Petits aussi les gens. Et cest de là quils tiennent leur infinie noblesse. Petites gens en effet que les habitants de la butte, au sens quils sont modestes et humbles. La petitesse de leurs moyens est compensée par une grandeur dâme telle que lon nen trouve plus ailleurs, par cette solidarité des pauvres qui fait que nul nest rejeté ni exclu. Stanislas peut faire la sieste sur son banc : il sait que toujours il aura à manger, parce quil est pris en charge par la communauté. Car telle est la loi tacite mais inviolable, qui veut que à Montmartre, même la misère est chaleureuse. Allez donc expliquer cela à un sociologue Montmartre reste aussi un village de tolérance. On y parle toutes les langues, de laméricain au swahili, en passant par le turc et le japonais et une infinie variété de dialectes arabes. Encore une loi non écrite : chacun sait quil a besoin de tous les autres, quil ne pourrait pas vivre sans les autres. Alors chacun se comporte de manière à ne pas troubler ce bonheur dêtre ensemble. Et tous connaissent le mot magique, cette clé qui leur sert de passe partout à ouvrir les curs : " Bonjour ! " Gérard Scheer |
| Faire un tour complet de la cyber-butte de Dominique Chauvat |